L’agence américaine de protection de l’environnement annonce l’arrêt de ses tests sur les mammifères d’ici 2035


L’agence pour la protection de l’environnement (EPA) est l’agence fédérale américaine chargée de tester et d’approuver les différentes substances chimiques afin de s’assurer de leur innocuité, pour l’environnement et les populations, avant leur mise sur le marché.

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Pour cela, l’agence utilise de nombreux modèles d’animaux, dont la majorité sont des mammifères. Cependant, lors d’une déclaration officielle qui a eu de forts retentissements, l’EPA a annoncé l’abandon définitif de ses tests sur les mammifères d’ici 2035.

L’Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis a annoncé le 10 septembre qu’elle cesserait de mener ou de financer des études sur les mammifères d’ici 2035. Cette initiative, qui suscite déjà de vives réactions de la part de groupes favorables ou opposés aux expériences sur les animaux, fait de l’EPA le premier organisme fédéral à fixer une échéance stricte pour l’élimination progressive de la recherche sur les animaux.

La décision de l’EPA « est une victoire décisive pour les contribuables, les animaux et l’environnement » déclare Justin Goodman, vice-président de la défense des droits et des politiques publiques du White Coat Waste Project, un groupe de militants pour les animaux basé à Washington, qui désigne la recherche sur les animaux comme un gaspillage d’argent des contribuables. « Les tests sur les animaux sont peu fiables et trompeurs ».

Mais Jennifer Sass, biologiste au Natural Resources Defence Council, un groupe environnemental basé à Washington, blâme la décision de l’EPA. « C’est très décevant et très frustrant » déclare Sass. Mettre fin aux tests sur les animaux, dit-elle, « va permettre aux produits chimiques potentiellement dangereux de pénétrer dans l’environnement et dans les produits de consommation ».

EPA : un abandon définitif des tests sur les mammifères d’ici 2035

L’EPA s’appuie sur les tests sur animaux pour évaluer la sécurité des produits chimiques, qu’il s’agisse d’un nouveau pesticide ou d’un polluant potentiel dans l’environnement. Mais les entreprises de produits chimiques se plaignent depuis longtemps que les tests coûtent cher et prennent beaucoup de temps. Et les organisations de défense des animaux ont exhorté l’agence à s’orienter vers des modèles non animaux, tels que les programmes informatiques et la technologie « d’organes de synthèse », une collection de cellules conçues pour imiter des organes entiers.

La législation, y compris une modification de 2016 à la loi sur le contrôle des substances toxiques, oblige l’EPA à abandonner les expériences sur des animaux. En juin, l’Administrateur de l’EPA, Andrew Wheeler, a envoyé un mémo interne décrivant un plan visant à éliminer progressivement les tests sur les animaux.

La technologie des « organes sur puce » permet aujourd’hui de cultiver certains tissus organiques reliés entre eux sur des plaques dédiées afin de tester certaines fonctions physiologiques et molécules. C’est l’une des méthodes qui devrait remplacer les tests sur les mammifères pour l’EPA. Crédits : Zhang, Y. S et al. 2017

Dans le mémo, Wheeler écrit que « les tests sur les animaux sont coûteux et prennent beaucoup de temps », et que les avancées scientifiques qui n’impliquent pas les animaux permettent aux chercheurs d’évaluer les produits chimiques plus rapidement, plus précisément et à moindre coût. L’agence, écrit-il, réorientera ses ressources vers ces « méthodes de nouvelle approche » et s’éloignera de l’expérimentation animale.

« L’EPA réduira de 30% ses demandes d’études sur les mammifères et son financement, d’ici 2025, et éliminera toutes les demandes d’études et tous les financements d’ici 2035 ». Après cette date, toute étude devra être approuvée par l’administrateur. Lors d’une conférence de presse à Washington hier, M. Wheeler a également annoncé un financement de 4.25 millions de dollars à cinq institutions scientifiques universitaires pour mettre au point des solutions de remplacement non animales aux tests actuels.

Un changement de politique affectant également les sociétés privées

Le nombre d’animaux ou de projets de recherche qui seront affectés par les changements n’est pas clair. Selon l’EPA, le nombre total d’animaux utilisés dans les études de toxicologie soumises à l’agence varie chaque année de 20’000 à plus de 100’000. Goodman estime que les laboratoires de l’EPA comptent environ 20’000 animaux — y compris des lapins, des souris et des rats — dont la plupart sont utilisés pour évaluer la sécurité des polluants environnementaux tels que le smog et l’ozone.

D’autres animaux, y compris les lapins et les chiens, sont testés par des sociétés de produits chimiques (ou les tests sont sous-traités à des organisations de recherche sous contrat) pour répondre aux exigences de l’EPA en matière de sécurité des nouveaux produits. Goodman affirme que la nouvelle politique de l’EPA affectera les deux domaines. Les entreprises n’auront plus besoin d’utiliser autant d’animaux — ni aucun animal — pour se conformer aux normes de l’EPA, et l’agence elle-même ne procédera plus à des tests sur des mammifères.

Goodman indique toutefois que des tests toxicologiques sont menés sur les poissons, et il s’attend à ce qu’ils se poursuivent. « C’est le plan le plus complet et le plus agressif de l’histoire des États-Unis visant à réduire les tests sur les animaux effectués par le gouvernement » déclare Goodman. « Je pense que ce sera un bon signal pour les autres agences ».

Arrêt des tests sur les mammifères : une décision qui ne fait pas l’unanimité

Sass se dit préoccupée par le fait que les modifications proposées par l’EPA donneront à l’industrie chimique, qui devra développer ses propres alternatives non-animales, trop de contrôle sur ces technologies. « De nombreux tests non animaux sont effectués par des sous-traitants, ils sont donc exclusifs » explique-t-elle. « Les experts n’ont aucun moyen d’évaluer comment ces produits chimiques sont testés. Nous allons créer une véritable boîte noire financée par l’industrie ».

Sass dit que même si les scientifiques ont fait de grands progrès dans la création de modèles non-animaux, ils ne sont souvent pas encore à la hauteur de la réalité. Elle note que pour déterminer si un produit chimique est à l’origine d’une maladie comme le lupus, les chercheurs doivent en connaître l’impact sur l’ensemble du système immunitaire, et non pas seulement sur quelques cellules d’un organe ou d’un ordinateur. Et les troubles d’apprentissage causés par l’intoxication au plomb n’auraient pas été détectés sans des expériences sur des animaux.

L’arrêt des tests sur les mammifères ne fait pas l’unanimité. Certains biologistes rappellent que les tests effectués sur des tissus biologiques de synthèse (organes sur puce) sont encore restreints et ne peuvent présenter une efficacité optimale. Crédits : Wyss Institute

« Vous ne pouvez pas vérifier si une cellule souffre de TDAH [trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention] ». Ann Bartuska, vice-présidente pour la terre, l’eau et la nature chez Resources for the Future, une organisation à but non lucratif basée à Washington qui mène des recherches indépendantes sur les problèmes environnementaux et énergétiques, dit que Sass soulève des préoccupations légitimes. « Le processus doit être transparent pour que les autres puissent évaluer l’efficacité de ces nouvelles approches ».

Bartuska, ancienne sous-secrétaire adjointe du département de l’Agriculture des États-Unis (qui mène et finance de nombreuses études sur les animaux), note que l’EPA dispose d’un comité consultatif scientifique qui supervisera le plan, et que l’agence s’est donnée suffisamment de temps pour s’assurer que les alternatives non-animales fonctionnent, avant la fin des recherches sur les mammifères. « C’est une étape très importante qui, à mon avis, aura un impact sur les autres agences fédérales ».

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Sources : Trust My ScienceEPA

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