Les premiers bébés génétiquement modifiés sont-ils nés en Chine ?

Une équipe de chercheurs chinois annonce avoir modifié l’ADN de deux jumelles nouveau-nées pour les rendre résistantes au virus du SIDA. Une déclaration qui laisse la communauté scientifique perplexe.

Premiers bébés génétiquement modifiés ?

L’ont-ils vraiment fait ? Ont-ils réellement donné naissance – pour la première fois de l’histoire – à des bébés génétiquement modifiés ? C’est du moins ce qu’affirme ce lundi matin le chercheur chinois He Jiankui, de l’Université chinoise de Shenzhen, dans un entretien à l’agence de presse AP. Ce dernier annonce en effet la naissance de « deux charmantes petites jumelles chinoises, Lulu et Nana, nées ces dernières semaines en excellente santé, pour la plus grande joie de leur maman Grace et de leur papa Mark ».

Plus résistantes au virus du SIDA

Les chercheurs expliquent ici avoir modifié l’ADN des jumelles en s’appuyant sur la méthode CRISPR. Celle-ci permet de « couper » des morceaux d’ADN, modifiant ainsi les génomes concernés. Cette méthode n’a en revanche jamais été utilisée pour modifier des embryons humains avant leur transfert dans l’utérus de la femme dans le cadre d’une fécondation in vitro. C’est désormais chose faite (avec succès), à en croire ce chercheur. L’idée consistait ici à modifier l’ADN des deux bébés pour les rendre résistants au virus du SIDA. Une annonce qui ne peut malheureusement être vérifiée puisqu’elle ne fait pas fait l’objet d’une publication officielle dans une revue scientifique.

Une annonce qui fait débat

La naissance de premiers « humains OGM » constitue pour la Chine un exploit médical. He Jiankui explique ici avoir voulu faire un « exemple », pour laisser ensuite « la société décider de ce qu’elle veut en faire ». Six autres couples séropositifs auraient par ailleurs également signé pour une expérience similaire. L’idée générale consisterait ici à désactiver un gène appelé CCR5, sorte de porte protéique permettant au virus du VIH de pénétrer dans les cellules. Mais beaucoup s’interrogent et contestent la pratique, craignant une pente savonneuse menant à une nouvelle forme d’eugénisme.

« C’est inacceptable », juge le docteur Kiran Musunuru, expert en édition de gènes à l’Université de Pennsylvanie, soulignant une expérience « immorale » sur le plan éthique. « C’est beaucoup trop prématuré », assure également de son côté Eric Topol, directeur du Scripps Research Translational Institute en Californie. George Church en revanche, généticien de renom à l’Université Harvard, a défendu toute tentative de modification génétique du VIH, qualifiée de « menace majeure et croissante pour la santé publique ».

L’Angleterre ouvre la porte

Rappelons qu’en juillet dernier, le Nuffield Council of Bioethics, une organisation de bioéthique au Royaume-Uni, publiait un rapport également controversé. Celui-ci expliquait notamment que dans certaines circonstances, il pourrait être acceptable sur le plan éthique de modifier génétiquement les humains. Ce faisant, l’Angleterre ouvrait donc la porte aux « bébés génétiquement modifiés ». Le rapport notait par ailleurs que la pratique ne pouvait être envisagée que si le bien-être physique et social des personnes génétiquement éditées était réellement protégé, et si les modifications n’amélioraient que la santé de l’individu concerné.

MISE À JOUR — 26 novembre, 16h10 : Alors que la seconde édition du Sommet international de l’édition du génome humain se tiendra demain mardi 27 novembre à Hong Kong, l’Académie chinoise des sciences (CAS) ne sera pas présente. Selon Statnews, la Chine a discrètement retiré sa candidature il y a environ un an, après des mois mois de préparation, mais l’information n’avait pas été rendue publique, afin que les organisateurs évitent d’évoquer les raisons de ce retrait. Néanmoins, le chercheur He Jankui s’exprimera sur ce qui pourrait être la première naissance de bébés génétiquement modifiés.

MISE À JOUR — 26 novembre, 16h20 : Toujours selon Statnews, l’université de Shenzhen ne serait pas au courant des travaux de He Jankui, qui était en congé sans soldes depuis le mois de février. Selon l’université, son travail a « gravement violé l’éthique académique et les codes de conduite ». Elle a également annoncé le lancement d’une enquête par des experts internationaux.

Sources : Medical Xpress, SciencePostPresse-citron

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