Un chercheur polonais tente de déchiffre un texte unique de l’île de Pâques

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25 artéfacts avec des inscriptions rongo-rongo ont été conservés jusqu’à notre époque. Le rongo-rongo est un système de signes que l’on ne trouve que sur l’Île de Pâques; aucun autre peuple polynésien n’a inventé l’écriture.

“Il y a de nombreux indices qui laissent penser que l’Île de Pâques est l’un de ces rares endroits dans le monde où l’écriture a été inventée indépendamment d’autres systèmes de notations. La raison pour laquelle elle été créé dans un lieu aussi isolé reste un mystère” rapport le Dr Rafal Wieczorek de la faculté de chimie à l’Université de Varsovie.

Déchiffrer les signes est d’autant plus difficile que seulement quelques personnes dans le monde y travaillent, et pas à temps plein. En effet, pour tous les intervenants, il s’agit d’un projet parallèle.

“Afin de faire avancer les choses, il est nécessaire de mettre en place une équipe de recherche qui se concentrerait uniquement dessus” estime le Dr Wieczorek. Spécialiste en astrobiologie, il a rejoint il y a quelques années le groupe international qui cherche à déchiffre le rongo-rongo. Il admet qu’il consacre de plus en plus de temps à cette passion ; il est d’ailleurs l’auteur de plusieurs articles sur le rongo-rongo publiés dans des revues scientifiques.

Malgré de nombreux points d’interrogation, les chercheurs qui se sont penchés sur la mystérieuse écriture ont établi plusieurs faits.

Tout d’abord, on sait que le rongo-rongo était utilisé par l’aristocratie vivant sur l’île, ce n’était pas une écriture utilisée dans la vie quotidienne.

Ensuite, les phrases se lisent dans le système inverse du boustrophédon (le boustrophédon désigne une écriture dont le sens de lecture change alternativement d’une ligne sur l’autre): le support devait être tourné pendant la lecture.

Comment cela a-t-il pu être déterminé alors que l’écriture n’a pas encore été déchiffrée ?

“Les séquences de caractères se répètent sur plusieurs tablettes. Dans certains cas, ils vont à la ligne de texte suivante, et dans d’autres, ils continuent sur une ligne.” Explique le chercheur.

Il y a plusieurs indications montrant que le rongo-rongo peut être lu de manière similaire aux hiéroglyphes égyptiens. Dans ce système, l’écriture est basée sur des logogrammes (des signes représentant ce qu’ils décrivent ou des mots métaphoriquement liés), des phonogrammes (caractère écrit qui est la transcription arbitraire d’un son) et des déterminants (symboles qui clarifient la signification du mot précédent écrit phonétiquement).

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Le chercheur et différentes plaques portant des inscriptions rongo-rongo. Photo:Rafał Wieczorek

Contrairement aux hiéroglyphes égyptiens, où il y en a à peu près 1000, le rongo-rongo en comprend beaucoup moins. Les chercheurs estiment leur nombre à tout juste 600.

Parmi eux, il y a des signes dépeignant des personnages humains avec des bras démesurément longs dans diverses poses, mais aussi des animaux, tels que des oiseaux, des poissons, des requins, des souris et des rats.

Il y a aussi un grand groupe d’environ 200 caractères simples qui sont difficiles à identifier. Ils ressemblent à des outils ou des armes.

Il reste cependant encore beaucoup de points d’interrogation.

Les scientifiques n’ont pas réussi à déterminer quand le rongo-rongo a été inventé.

“Certains ont suggéré qu’il est apparu uniquement à la suite d’un contact avec les envahisseurs européens, mais cela est peu probable” estime le Dr Wieczorek.

Les analyses physicochimiques des artéfacts n’ont pas beaucoup aidé : seul un exemplaire a pu être daté. Une datation proche du 18ème siècle a été obtenu, mais ce type d’analyse ne fonctionne pas bien dans le cas d’un passé récent.

Les autres peuples polynésiens n’avaient pas leur propre système d’écriture. Pourquoi est-il donc apparu dans l’une des îles les plus isolées au monde ? La science n’a pas encore trouvé de réponse à cette question.

Les chercheurs ont divisé les tablettes en se basant sur leur contenu supposé. Dans un cas seulement, il y a un accord complet sur les phénomènes astronomiques: ce sont 28 signes représentant les croissants de lune.

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Le rongo-rongo peut compter jusqu’à plusieurs centaines de personnages différents. Photo : Rafał Wieczorek

L’analyse du chercheur polonais montre qu’une autre tablette a peut-être un contenu similaire: il en est arrivé à cette conclusion après avoir effectué une analyse statistique des glyphes sur toutes les tablettes conservées recouvertes de rongo-rongo.

La seconde tablette “astronomique” était en Belgique, mais elle a brûlé pendant le première Guerre Mondiale.

Cependant, les chercheurs ont trouvé une photographie de celle-ci. Il a donc pu déterminer que les séquences de signes en certains endroits, comprenant les croissants, étaient les mêmes sur les deux tablettes.

Dans une récente publication, le Dr Wieczorek s’intéresse à un des signes utilisés sur les tablettes : selon lui, le symbole représentant trois perles était un répétiteur. Les langues polynésiennes, à laquelle appartient la langue parlée par la population de l’Île de Pâques, sont connues pour l’utilisation de répétitions : le mot “thé” signifie “clair” et le mot “thé thé” signifie “blanc”. D’ailleurs le nom actuel de ce système d’écriture, “rongo-rongo” est une répétition. Il signifie “réciter, déclamer, chanter”. Les chercheurs ne savent pas, cependant, quel est le nom originel de la langue.

L’écriture des habitants de cette île isolée dans le Pacifique est restée presque inaperçue. Ce qui est étonnant, c’est qu’aucun des premiers explorateurs européens de l’île (en 1722) n’a remarqué l’alphabétisation de la population locale.

Des centaines de tablettes en bois recouvertes d’inscriptions énigmatiques et cachées dans les cabanes ont commencé à être rapportées plus d’une centaine d’années plus tard par le clergé chrétien..

“À ce moment-là, personne ne pouvait plus les lire sur l’île”, ajoute le Dr Wieczorek. Et les habitants, pragmatiques, décimés par les envahisseurs européens, ont utilisé les tablettes comme une sorte de briquet parce que l’île a toujours eu un problème avec les pénuries de bois.

Or, les tablettes n’ont pas impressionné les clercs : l’une d’entre elles a été utilisée comme moulinet pour une corde décorative que des frères avaient présenté comme cadeau à leur supérieur, l’évêque de Tahiti en 1869. “Cependant, ce n’est pas le cadeau lui-même, mais le moulinet qui a attiré l’attention de l’évêque. Grâce à son intervention, la plupart des tablettes ont pu être préservées jusqu’à ce jour”, Rapporte le scientifique.

Dans les années qui ont suivi, plusieurs expéditions, dont des expéditions de Russie et d’Angleterre, ont réussi à acquérir des artéfacts individuels. La dernière tablette considérée comme étant originale est apparue lors d’une vente aux enchères à Londres à la fin du 19ème siècle.

“Tenter de déchiffrer le rongo-rongo est une activité très stimulante sur le plan intellectuel. J’espère que ce sera un succès; en étudiant davantage la structure interne de l’écriture et sa mise en page, nous allons certainement faire de nouveaux progrès dans ce domaine” conclu Wieczorek.

Sources : Science in Poland: “Polish researcher attempts to read a unique writing from Easter Island”Les Découvertes Archéologiques

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