L’histoire compliquée des habitats autonomes

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Au début des années 1960, quatre astronautes sont entrés dans une capsule hermétiquement fermée au Langley Research Center de la NASA, ne sachant pas quand ils en sortiraient. Les astronautes n’ont eu aucun contact avec le monde extérieur; leurs seules ressources étant celles qui étaient disponibles au sein de la capsule, qui a été nommée, comme il se doit, NASA Living Pod.

C’était une expérience pour voir combien de temps l’homme pourrait vivre dans un environnement autonome. La NASA s’est demandée s’il était possible de créer un système de vie prospère en circuit fermé qui produit les ressources humaines (oxygène et produits alimentaires) en utilisant les productions humaines (excréments et dioxyde de carbone) ? Selon l’historienne architecturale Lydia Kallipoliti, les astronautes devaient “être recyclés” pour vivre en accord avec leur environnement hermétiquement clos. Des tâches banales comme le rasage, faire pipi, caca, manger, et se laver se sont liées à la viabilité du système.

Il s’est avéré que la vision de la NASA était possible, mais elle n’a pas été durable. Après quatre mois, les conditions de vie ont commencé à se détériorer. Dans un document intitulé “Feedback Man”, Kallipoliti explique : “Dans cette expérience close, les sujets ont eu des nausées, des maux de tête, et ont finalement contaminé le système avec leurs propres déchets. Des cheveux, des ongles et de la peau ont infiltré les divers systèmes de traitements. Finalement, les sujets ont dû quitter la capsule plus tôt que prévu”. Il s’avère que la création d’un système parfaitement fermé capable de gérer la variabilité de l’homme était une chose complexe.

Dans une exposition au Storefront for Art et Architecture appelée Closed Worlds, Kallipoliti a exploré comment les humains ont cherché à créer des environnements similaires à la Terre à travers les décennies. L’exposition présente 41 prototypes (y compris Living Pod de la NASA), qui transforme efficacement l’architecture en un “dispositif performatif”, comme l’explique Kallipoliti.

Un monde clos est essentiellement un environnement autonome. “C’est comme une réplique de la Terre dans un environnement miniaturisé”, explique t-elle. Tout ce dont un être humain a besoin pour survivre dans le monde extérieur doit exister aussi dans un monde fermé. L’alimentation, l’énergie, l’atmosphère, ces choses doivent être prises en compte d’une certaine manière.

Certains des premiers exemples de systèmes fermés ont été créés par des militaires et des organismes gouvernementaux, qui étaient intéressés par le potentiel de l’architecture pour l’extension des capacités humaines au-delà du terrestre. NASA Living Pod est un exemple. D’autres exemples célèbres incluent Conshelf I, II, & III, du célèbre océanographe et lieutenant français Jacques Cousteau, qui ont été conçus en tant que stations de recherche océaniques qui pourraient exister à une profondeur de 300 mètres.

Avant les années 70, l’architecture fermée était moins axée sur l’exploration mais sur la création d’une nouvelle forme radicale de durabilité environnementale. “C’était vraiment frappant pour moi de voir comment deux groupes avec des idéologies politiques complètement différentes et de vision sur le monde se sont intéressées sur la même façon de reproduire des écosystèmes naturels”, dit-elle.

Les maisons écologiques des années 70 ont cherché à ne rien gaspiller en s’auto-alimentant, reliant inexorablement l’architecture et le corps humain. Dans le début des années 1970, Graham Caine a construit une maison écologique à Londres où il a exploité la lumière du soleil et de ses systèmes biologiques naturels pour produire de l’énergie et de la nourriture. Il faisait partie d’un groupe d’architecture anarchiste, appelé Farm Street, qui est aujourd’hui considéré comme un pionnier de l’architecture durable. Kallipoliti dit que la maison est un bon exemple de la fragilité de ces systèmes fermés. “Il n’a jamais quitté sa maison”, dit-elle. “C’était comme un vaisseau spatial sur la Terre, et il a dû prendre soin de lui. Il devait nourrir la maison pour se maintenir en vie”. La maison devait être alimentée avec une quantité précise d’excréments organique, et les excréments se devaient d’être d’une certaine qualité nutritionnelle.

Il existe d’autres exemples célèbres, comme la Biosphère II, à Oracle en Arizona, où des scientifiques se sont enfermés dans un grand écosystème artificiel conçu pour recréer les biomes de la Terre. “C’était un désastre”, a dit Kallipoliti. En fait, beaucoup de ces expériences ont mal tourné. Dans la poursuite d’une liberté, que ce soit la liberté des contraintes de la vie terrestre ou des systèmes bureaucratiques, ces structures architecturales ont fini par créer une nouvelle forme de contrôle sur leurs surveillants.

Aujourd’hui, on peut encore voir des traces de ces «mondes fermés» dans notre approche de l’architecture et de l’ingénierie, dit Kallipoliti. “Notre perception contemporaine de la durabilité aujourd’hui a vraiment les graines de cette logique”, dit-elle. L’immeuble dans lequel que vous êtes assis , avec l’air recyclé, est un exemple de la façon dont les principes de systèmes fermés sont aujourd’hui appliqués. Les centres commerciaux et les avions utilisent également plusieurs de ces concepts. Des exemples plus ambitieux peuvent être trouvés dans les stations de ski intérieures d’Abu Dhabi ou de la Chine, ou encore la Station spatiale internationale, avant-poste de longue date de l’humanité en orbite terrestre basse. Notre désir de créer une nature synthétique peut être différent aujourd’hui qu’il y a 50 ans, mais son influence est de plus grande ampleur qu’elle ne l’a jamais été.

Source : Wired

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