Faisant face à des questions pointues, le PDG de Boeing refuse d’admettre les défauts du design du 737 Max

Et continue d’incriminer les pilotes

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Voici maintenant un peu plus de 5 mois que le crash du Boeing 737 Max de la compagnie indonésienne Lion Air est survenu et un peu plus d’un mois que la compagnie Ethiopian Airlines a connu la même tragédie qui ont causé la mort de 346 personnes. À mesure que le temps passe, les premières conclusions qui pointaient du doigt une défaillance dans la conception du modèle Boeing 737 Max et précisément son logiciel MCAS chargé d’éviter le décrochage de l’appareil semblent se confirmer.

En début du mois d’avril, Ethiopian Airlines a rendu public son rapport préliminaire d’enquête qui pointait du doigt le logiciel de Boeing. Le rapport de la compagnie aérienne a établi que les pilotes n’avaient pas effectué de procédures incorrectes et a émis au moins deux avis, l’une à l’intention de Boeing et l’autre à destination des régulateurs. Le rapport a préconisé au constructeur américain de revoir le système de contrôle de vol de son avion et a exhorté les autorités de réglementation compétentes à prendre toutes les dispositions afin de s’assurer que le problème a bien été résolu avant d’autoriser à nouveau ce modèle d’appareils qui pour l’instant reste cloué au sol.

Et du côté de Lion Air, les premiers éléments d’enquête rapportent qu’une des deux sondes d’incidence AOA était tombée en panne. Bien que défaillante, la sonde a continué à transmettre des informations aux calculateurs, notamment au MCAS. Or cet instrument prend la main sur les commandes de vol et met l’avion en piqué, même si le pilote tente de faire le contraire, tant que le système n’est pas désactivé. Avec l’AOA hors service, il aurait fallu désactiver le MCAS. Ce que ne savait pas l’équipage de Lion Air.

Alors que tout porte à croire que l’élément défaillant ayant provoqué les deux crashs a été trouvé, Boeing continue d’incriminer tout ce qu’il peut incriminer sauf les composants de son appareil. En effet, lors de la brève conférence de presse qui a suivi la réunion annuelle des actionnaires de Boeing au Field Museum de Chicago tenue il y a plusieurs heures, Dennis Muilenburg, président du conseil d’administration de Boeing, a été confronté à des questions sur les failles du MCAS, mais a à plusieurs reprises refusé de concéder qu’il était mal conçu.

« Nous sommes revenus et avons confirmé, comme nous l’avons fait pour l’analyse de la sécurité, l’analyse technique, que nous avions suivi exactement les étapes de nos processus de conception et de certification qui produisent systématiquement des avions sûrs », a-t-il déclaré. Et de continuer en ajoutant qu’il « a été conçu selon nos normes. Il a été certifié selon nos normes ».

Muilenburg explique à contrario que les accidents d’avion sont généralement dus à « une chaîne d’événements » et qu’il « n’est pas correct d’attribuer cela à un seul élément ». Il met en avant le fait que les pilotes des deux entreprises n’avaient pas complètement suivi la procédure standard lorsque des mouvements de queue non commandés commençaient à faire pencher la tête en avant. Il ajouta que l’analyse de la sécurité des systèmes MCAS par Boeing dépend en partie du fait que le pilote apporte la réponse appropriée en cas de défaillance du système.

Même si le PDG de Boeing nie toute implication de son système MCAS dans les deux crashs, une mise à jour du logiciel a été déjà implémentée et est actuellement en phase de test sur les appareils de la firme. Le correctif logiciel proposé par Boeing pour le MCAS garantit que le système prend en charge deux capteurs au lieu d’un. Il s’activera une seule fois, pas plusieurs fois, si la lecture du capteur reste bloquée à une valeur élevée. Et la puissance du système sera limitée, de sorte que le pilote puisse toujours tirer sur la colonne de commande avec suffisamment de force pour contrecarrer tout mouvement en piqué automatique. Avec ce correctif, a déclaré Muilenburg, le 737 Max, lorsqu’il sera remis en service, sera « l’un des avions les plus sûrs à ce jour ».

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Toute cette affaire a bien évidemment des répercussions sur les activités de Boeing. La semaine dernière, le fabricant américain d’avions a suspendu ses prévisions de livraison d’avions pour toute l’année en raison de l’incertitude quant à la reprise du Boeing 737 Max. Avant la crise du 737 Max, le constructeur américain avait prévu entre 895 et 905 livraisons d’avions de ligne commerciaux. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, Airbus, le constructeur européen, a déclaré que le bénéfice ajusté du premier trimestre a fortement augmenté, en raison de l’augmentation des livraisons d’avions. Et à cause de la tourmente que Boeing connaît, Airbus devrait dépasser Boeing pour devenir le plus grand constructeur d’avions de ligne au monde. Airbus a livré 162 avions de ligne au premier trimestre, contre 121 l’année précédente, générant ainsi une hausse de 24 % sur ses ventes, qui ont atteint 12,55 milliards d’euros. Et l’entreprise compte augmenter la production de son modèle A320 en passant à 60 avions par mois d’ici le milieu de l’année afin d’atteindre atteindre 63 appareils en 2021. Boeing était également prêt à augmenter la production de son 737 avant de changer de cap après le crash.

Lire aussi : Boeing 737 Max : inspecteurs pas au niveau, pilotes mal préparés… des témoignages accablent la FAA

Sources : Developpez.com par Olivier FamienSeattle Times, Stock Market News

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