Des documents internes de Facebook révèlent le lobbying de l’entreprise au niveau mondial


Contre les législations sur la protection des données

Facebook aurait ciblé des politiciens du monde entier, y compris l’ancien chancelier britannique George Osborne, promettant des investissements tout en les incitant à faire pression pour le compte de Facebook contre les législations sur la protection des données, a révélé une nouvelle fuite explosive de documents internes à Facebook.

Les documents, qui ont été vus par The Guardian et Computer Weekly, révèlent une opération de lobbying mondial secrète visant des centaines de législateurs et de régulateurs dans le but de gagner de l’influence, y compris au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada, en Inde, au Vietnam, en Argentine, au Brésil, en Malaisie et dans les 28 États de l’UE. Les documents incluent des détails sur la manière dont Facebook :

  • a exercé des pressions sur des politiciens de toute l’Europe dans le cadre d’une opération stratégique visant à éviter une législation « trop restrictive » du RPGD. Parmi celles-ci figurent des affirmations extraordinaires selon lesquelles le Premier ministre irlandais a déclaré que son pays pourrait exercer une influence notable en tant que président de l’UE, en défendant les intérêts de Facebook, même s’il était censé rester neutre sur le plan technique.
  • s’est servie du mémoire féministe de Sheryl Sandberg, directrice générale des opérations, utilisé par Lean In pour « tisser des liens » avec des commissaires européennes considérées comme hostiles.
  • a menacé de retenir les investissements des pays sauf s’ils soutenaient ou votaient des lois favorables à Facebook.

Les documents semblent émaner d’un procès intenté contre Facebook par le développeur d’applications Six4Three en Californie et révèlent que Sandberg considérait la législation européenne sur la protection des données comme une menace « critique » pour la société. Dans une note rédigée après le sommet économique de Davos en 2013, Sandberg fait la description d’une « bataille difficile » que la société a dû livrer en Europe sur le « front de la confidentialité et des données » et de ses efforts « critiques » pour éviter de « nouvelles lois trop normatives ».

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Sheryl Sandberg

Plus révélateur encore, il contient des détails sur les « bonnes relations » de la société avec Enda Kenny, le Premier ministre irlandais de l’époque, une des nombreuses personnes qu’elle décrit comme des « amis de Facebook ». L’Irlande joue un rôle clé dans la réglementation des entreprises technologiques en Europe, car son commissaire à la protection des données agit pour les 28 États membres. Le mémo a enflammé les défenseurs de la protection des données, qui se sont longtemps plaints de la relation « intime » de l’entreprise avec le gouvernement irlandais.

La note souligne « l’appréciation » de Kenny pour la décision de Facebook d’installer son siège social à Dublin et souligne que la nouvelle législation proposée sur la protection des données constituait une « menace pour l’emploi, l’innovation et la croissance économique en Europe ». Et de poursuivre en affirmant que l’Irlande est sur le point d’assumer la présidence de l’UE et a donc « l’occasion d’influencer les décisions de la directive européenne sur les données ». Elle affirme que Kenny a proposé d’utiliser « l’influence notable » de la présidence de l’UE comme moyen d’influencer d’autres États membres de l’UE « bien que, techniquement, l’Irlande soit supposée rester neutre dans ce rôle ».

Elle continue en assurant que « Le Premier ministre s’est engagé à utiliser la présidence de l’UE pour obtenir un résultat positif à la directive ». Kenny, qui a démissionné de ses fonctions en 2017, n’a pas répondu à la demande de commentaires du quotidien The Guardian.

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Enda Kenny

Facebook indique que ces documents doivent être pris dans leur contexte

Un porte-parole de Facebook a déclaré que les documents étaient toujours sous scellés devant un tribunal californien et qu’il ne pouvait leur répondre en détail :

Citation Envoyé par Facebook
Comme les autres documents qui ont été choisis et publiés en violation d’une décision de justice rendue l’année dernière, ceux-ci disent délibérément un côté de l’histoire et en omettent le contexte qui est pourtant important.

La note de 2013, rédigée par Marne Levine, qui est désormais cadre supérieur de Facebook, a été transmise à Elliot Schrage, alors responsable de la politique et des communications mondiales de Facebook, rôle désormais occupé par Nick Clegg. Ainsi que Kenny, des dizaines d’hommes politiques, de sénateurs américains et de commissaires européens sont mentionnés, dont le président indien Pranab Mukherjee, Michel Barnier, désormais négociateur du Brexit, et George Osborne.

Le chancelier de l’époque a profité de la réunion avec Sandberg pour demander à Facebook d’investir dans le projet gouvernemental Tech City, selon le mémo, et Sandberg a déclaré qu’elle « examinerait » toute proposition. En échange, elle lui a demandé de devenir « encore plus actif et persuasif dans le débat sur la directive européenne relative aux données et de contribuer réellement à façonner les propositions ». Le mémo affirme que Osborne a demandé un briefing détaillé et a déclaré qu’il « trouverait un moyen de s’impliquer davantage ». Il a proposé d’organiser le lancement du livre de Sandberg à Downing Street, événement qui a eu lieu au printemps 2013.

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Marne Levine

Cette note révèle que les mémoires féministes de Sandberg ont été perçus comme un outil de lobbying par l’équipe Facebook et un moyen de gagner le soutien des législatrices pour un objectif plus large visé par Facebook.

Dans un compte-rendu particulièrement révélateur d’une rencontre avec Viviane Reding, influente commissaire européenne chargée de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, la note souligne qu’elle a eu un rôle clé en tant « qu’architecte de la directive européenne sur les données » et décrit la relation « difficile » de l’entreprise avec elle en raison du fait qu’elle a déclaré « ne pas être fan » des entreprises américaines.

Lire aussi : Un rapport parlementaire qualifie Facebook de « Gangster numérique »

Sources : Developpez.com par Stéphane le calmeCW, The Guardian


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