Les robots « vont remplacer jusqu’à 20 millions d’emplois manufacturiers » d’ici 2030

Soit 8,5 % de ces emplois, selon un nouveau rapport

Nous avons vu de nombreuses prédictions selon lesquelles les robots sont sur le point de mettre la plupart des travailleurs humains au chômage, qu’il s’agisse des emplois d’ouvriers d’usine ou des emplois col blanc. Un nouveau rapport publié par la société de conseil Oxford Economics présente un point de vue plus nuancé. En effet, le rapport prévient que jusqu’à 20 millions d’emplois manufacturiers seront perdus d’ici 2030, mais il souligne également que les gains de productivité découlant de l’automatisation devraient stimuler la croissance, c’est-à-dire la création d’autant d’emplois que de pertes.

Le rapport sur l’évolution de la nature du travail de la Banque mondiale publié plus tôt cette année avait constaté que l’automatisation croissante a eu jusqu’à présent un impact négligeable sur l’emploi à l’échelle mondiale, malgré les craintes que les emplois humains ne soient bientôt remplacés par des machines dans les années à venir. Mais ce dernier rapport a conclu que l’essor des robots et de l’automatisation devrait entraîner le déplacement de 20 millions d’emplois d’usine, soit 8,5 % des emplois manufacturiers, d’ici 2030.

Le rapport d’Oxford Economics contredit l’étude de la Banque mondiale, puisqu’il affirme qu’environ 1,7 million d’emplois dans le secteur manufacturier ont déjà été perdus à cause les robots depuis 2000, y compris jusqu’à 400 000 emplois manufacturiers en Europe, 260 000 aux États-Unis et 550 000 en Chine. Selon le rapport, la plupart des robots sont actuellement utilisés dans l’industrie automobile. En effet, le rapport a constaté que l’industrie automobile a utilisé 43 % des robots dans le monde en 2016.

La société a même déclaré que les personnes déplacées de ces emplois sont susceptibles de constater que des rôles comparables dans le secteur des services ont également été comprimés par l’automatisation. Les transports et la construction sont les secteurs des services où les emplois sont menacés plus que le secteur de la loi ou du journalisme. Le rapport dit aussi que ce sont les personnes peu qualifiées qui sont beaucoup plus vulnérables à ce déplacement d’emplois. Mais si même les robots tendent à remplacer les humains dans les secteurs des services, c’est encore dans le secteur manufacturier que le rapport affirme qu’ils auront le plus d’impact, en particulier en Chine où des armées de travailleurs perdraient leur poste au profit des machines.

Oxford Economics a également constaté que plus le travail est répétitif, plus le risque qu’il soit éliminé est grand. Mais les emplois qui exigent plus de compassion, de créativité ou d’intelligence sociale sont plus susceptibles d’être exercés par les humains « pendant des décennies à venir », a-t-il dit. Le nombre de robots qui font actuellement partie de la main-d’œuvre mondiale, soit 2,25 millions, a triplé au cours des 20 dernières années et a doublé depuis 2010.

En termes de répartition régionale des robots et leur impact sur les emplois humains, la Chine représente environ 20 % des robots installés dans le monde, selon le rapport. De plus, depuis 2004, chaque nouveau robot installé dans le secteur manufacturier a déplacé en moyenne 1,6 travailleur et environ 14 millions d’emplois manufacturiers devraient être perdus rien qu’en Chine.

Concernant les Etats-Unis, le rapport a établi qu’au cours de la prochaine décennie, les travailleurs américains devraient perdre plus de 1,5 million d’emplois à cause de l’automatisation. Toujours aux États-Unis, l’Oregon est l’État le plus vulnérable au déplacement d’emplois, suivi par la Louisiane, le Texas, l’Indiana et la Caroline du Nord. Hawaii est l’Etat le plus sûr contre l’invasion des robots, suivi du District de Columbia, du Nevada, de la Floride et du Vermont.

Au Royaume-Uni, les régions rurales du pays sont les plus vulnérables à l’automatisation en raison de la concentration de leurs industries manufacturières. Londres est l’une des villes les moins vulnérables, selon le rapport. Plusieurs centaines de milliers d’emplois pourraient être remplacés dans le pays, selon le rapport. En Corée du Sud, Séoul est la ville la moins menacée par le déplacement des emplois en raison de la diversité de son économie et de sa faible dépendance à l’égard des emplois manufacturiers, tandis que la région de Daegu est la plus vulnérable en raison de son faible niveau de productivité manufacturière, ce qui l’expose à une automatisation à venir. Ce pays devrait perdre près de 800 000 d’emplois. L’Union européenne devrait perdre près de 2 millions d’emplois et les autres pays dans le monde, 3 millions d’emplois à cause des robots d’ici 2030.

Selon le rapport, les trois principales raisons de la montée en flèche des robots, selon le rapport, sont le coût, la capacité des robots et l’augmentation de la demande de produits manufacturés.

D’abord, le coût des machines a considérablement diminué, rendant les robots moins chers que les humains dans le travail, a dit Oxford Economics dans son rapport. En effet, la puissance de traitement des puces électroniques, les réseaux plus intelligents et l’allongement de la durée de vie des batteries ont considérablement augmenté la valeur unitaire des robots, et leurs coûts ont chuté de 11 % entre 2011 et 2016, selon la société.

Ensuite, l’intelligence artificielle a permis aux robots d’apprendre rapidement et de prendre des décisions éclairées et d’exécuter des processus plus sophistiqués. Ces améliorations ont rendu les robots également plus utiles dans des domaines autres que les domaines traditionnellement automatisés comme l’industrie de l’automobile.

Enfin, en raison de l’augmentation de la demande manufacturière, les pays, notamment la Chine, investissent dans les robots pour augmenter la production. Selon le rapport, si l’expansion des robots se poursuit à son rythme actuel, la Chine comptera près de 8 millions de robots en service d’ici 2030.

Ci-dessous, un graphique représentant la montée de l’utilisation des robots de 2011 à 2016:

Selon les chercheurs d’Oxford, les répercussions de cette expansion de robots seront sévèrement ressenties par les travailleurs peu qualifiés et les économies locales plus pauvres. Le rapport prévient que la montée en puissance de l’automatisation va « aggraver les tensions sociales et économiques dues au chômage et aux inégalités de revenus à une époque où la polarisation politique croissante est déjà une tendance préoccupante ».

Selon le rapport, les politiciens seront confrontés à une pression accrue à mesure que les robots s’étendent et que les inégalités s’aggravent. Les chercheurs ont affirmé :

« Alors que le rythme d’adoption de la robotique s’accélère, les décideurs seront confrontés à un dilemme : si les robots favorisent la croissance, ils exacerbent l’inégalité des revenus. L’automatisation continuera d’alimenter la polarisation régionale dans de nombreuses économies avancées du monde, en répartissant inégalement les avantages et les coûts parmi la population. Cette tendance s’intensifiera à mesure que l’impact de l’automatisation sur l’emploi s’étendra du secteur manufacturier au secteur des services, ce qui rendra de plus en plus critiques les questions sur la manière de traiter les travailleurs déplacés », ont-ils ajouté.

Toutefois, les chercheurs ont dit que l’automatisation croissante stimulera également l’emploi et la croissance économique. Le rapport a donc invité les décideurs, les chefs d’entreprise, les travailleurs et les enseignants à réfléchir à la façon de développer les compétences de la main-d’œuvre pour l’adapter à l’automatisation croissante. C’est ainsi qu’au niveau mondial, les emplois seront créés au rythme où ils seront détruits, a dit le rapport.

Les différents rapports publiés ne parlent pas souvent de l’impact de l’automatisation sur l’agriculture, mais le secteur n’est pas à l’abri de la destruction des emplois humains. Vivement que le développement des compétences s’étende aussi à ce secteur pour une meilleure adaptation à l’automatisation des ouvriers agricoles.

Lire aussi : La plupart des gens pensent que les robots vont s’accaparer la majorité des emplois, mais pas le leur

Sources : Developpez.com par Stan AdkensOxford Economics

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