Elon Musk promet de modifier les satellites Starlink pour ne pas gêner les astronomes


Interpellés par des astronomes sur la pollution lumineuse que risque de générer le futur réseau de satellites Starlink, Elon Musk a d’abord relativisé les critiques avant de dire que des corrections seront faites.

C’est une image qui a rapidement fait le tour du web : peu après la mise en orbite des 60 premiers satellites du futur réseau Starlink, un astronome néerlandais a pu filmer leur passage au-dessus de sa tête. Une certaine féerie se dégage de cette séquence : sous une nuit étoilée, on voit surgir un « train » de points lumineux, dans un alignement en apparence impeccable, traversant à vive allure la voûte céleste.

Une grappe de satellites Starlink.

L’astronomie terrestre victime de Starlink ?

Seulement, ce qui est plaisant à admirer pour le profane l’est moins pour l’astronome qui souhaite observer depuis le sol les lueurs les plus lointaines de l’espace. Car ces éclats brillants constituent de nouvelles sources de pollution lumineuse qui nuiront à la qualité des observations astronomiques opérées depuis le sol, qu’elles soient conduites par des professionnels ou des amateurs.

Un reproche excessif ? Il est vrai que le réseau Starlink est modeste aujourd’hui. Ce sera moins le cas dans les semaines, les mois et les années à venir. Le projet initial de Starlink, qui consiste à déployer des satellites de communications en orbite basse tout autour de la Terre pour améliorer l’accès à Internet, notamment dans les régions reculées, implique le déploiement de… 7 000 satellites.

Peut-être même 11 000 si SpaceX, à la tête du programme, juge nécessaire de l’étoffer encore plus.

« Les satellites Starlink seront plus nombreux que les étoiles visibles à l’œil nu »

Parmi les voix qui se sont fait le plus entendre figure celle d’Alex Harrison Parker, en charge du projet ESPRESSO (Exploration Science Pathfinder Research for Enhancing Solar System Observations Ces satellites « sont brillants et ils seront nombreux. Si SpaceX lance les 12 000, ils seront plus nombreux que les étoiles visibles à l’œil nu », a fait remarquer l’astronome, dans un message fortement relayé.

De quoi nuire à toute observation convenable du ciel à l’avenir ? Ce pas, Alex H. Parker ne le franchit pas. « J’attendrai de voir ce qui se passera quand ils atteindront leurs orbites opérationnelles », a-t-il ajouté dans un autre message, sans toutefois cacher sa crainte. Avec une bonne vue et un ciel bien dégagé sans pollution lumineuse, ce sont environ 9 000 étoiles qui sont perceptibles.

Elon Musk entre dans le débat

Tout ce ramdam n’est pas passé inaperçu du côté de SpaceX : Elon Musk, que l’on sait très actif sur Twitter, a d’abord réagi en balayant ces inquiétudes d’un revers de la main. « Il y a déjà 4 900 satellites en orbite, que les gens remarquent environ 0 % du temps. Starlink ne sera vu par personne à moins de regarder très attentivement et aura un impact d’environ 0 % sur les progrès de l’astronomie », a-t-il lancé.

De toute façon, a-t-il continué, « on doit mettre les télescopes en orbite », semblant dire que ce n’est plus au sol que l’on parviendra à aller beaucoup plus loin, en faisant remarquer que l’atmosphère nuit beaucoup trop aux mesures. Il est vrai que l’atmosphère est une source permanente de turbulences que les astronomes doivent compenser. Mais de là à cesser de se servir des stations terrestres ?

Rappelons que la génération de la première image d’un trou noir a pu être obtenue en combinant les données de plusieurs stations éparpillées au sol ? Ce faisant, l’Event Horizon Telescope, sorte de « télescope virtuel » ayant la taille de la Terre, a pu capter, au prix d’une longue campagne d’observation, ce qu’aucun autre télescope n’aurait pu voir, sur Terre ou dans l’espace.

Il convient toutefois d’apporter une précision. L’EHT fonctionne dans des conditions particulières : il vise les ondes radio, et lus précisément les ondes que l’on qualifie de millimétriques, qui sont de longueurs différentes de celles qui intéressent un télescope plus classique comme Hubble (qui s’intéresse aux ondes de la lumière visible, le proche infrarouge et l’ultraviolet).

L’avenir des télescopes est-il dans l’espace, comme le suggère Elon Musk ?

Des satellites plus discrets à l’avenir ?

L’argument concernant les progrès de l’astronomie n’est pas le seul brandi par Elon Musk Un deuxième est mis en avant, celui de l’apport supérieur de Starlink pour l’humanité — c’est du moins ce qu’a décrété Elon Musk. « Aider potentiellement des milliards de personnes économiquement désavantagées [à accéder au net et à profiter de ce qu’il propose, ndlr] est un plus grand enjeu », a-t-il lancé.

Cela étant dit, Elon Musk a apporté une nuance dans ces messages ultérieurs, et admis à demi-mot que les inquiétudes des astronomes n’étaient peut-être pas si infondées que cela. « Nous ferons en sorte que Starlink n’ait aucun impact [négatif] sur les découvertes en astronomie. Nous nous préoccupons beaucoup de la science », a-t-il d’abord évoqué, sans dire comment.

Un autre message publié un peu plus tard en a dit plus. L’idée serait de réduire le pouvoir réfléchissant des satellites, afin de réduire leur visibilité dans le ciel. De toute évidence, le souci soulevé par Alex H. Parker et certains de ses pairs avait déjà été remarqué par SpaceX. Elon Musk a fait état de l’envoi, la semaine précédente de ses tweets d’une note sur le sujet à ses équipes.

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Source : Numerama par Julien Lausson

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