L’explosion d’un laboratoire russe qui abrite la variole sème un vent panique


C’est l’introduction parfaite pour un film d’apocalypse : Un accident dans un centre de recherche top secret sur les armes biologiques du gouvernement. Et c’est arrivé en Russie. En quelque sorte. Pas vraiment.

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Lundi, une explosion de gaz s’est produite à Vector, le Centre national de recherche en virologie et biotechnologie de la ville scientifique de Koltsovo, à 20 km de Novossibirsk, la troisième ville la plus peuplée de Russie.

Le centre de recherche est l’un des deux seuls endroits au monde où il est permis de conserver des stocks de virus variola responsables de la variole. L’autre est une installation des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) à Atlanta.

Selon l’agence de presse russe indépendante Interfax, le 16 septembre, une explosion de gaz a déclenché un incendie au cinquième étage du bâtiment Vector. L’incendie qui en a résulté n’a brûlé qu’une superficie d’environ 30 mètres carrés et blessé une personne qui a été hospitalisée.

L’explosion n’était pas liée à des activités scientifiques, mais elle s’est produite dans une zone sanitaire et de désinfection en cours de rénovation. Le maire de la ville scientifique, Nikolai Krasnikov, a déclaré à Interfax que le lieu de l’incendie n’était pas en service et qu’il n’y avait pas de matières biologiques dangereuses.

Les comptes rendus de l’événement sont cohérents dans tous les domaines, comme l’ont confirmé le service local d’information scientifique de la ville et l’institut lui-même. Une enquête fédérale est en cours pour déterminer s’il y a eu manquement aux exigences en matière de sécurité au travail qui pourrait avoir mené à l’accident.

Alors, est-ce que les internautes paniquent maintenant que cette nouvelle a atteint le monde anglophone ?

Absolument. Surtout parmi les gros titres qui utilisent une formulation évocatrice où tout aurait explosé, et une traduction erronée qui prétend que “tout le verre dans le bâtiment a été brisé”. En réalité, Interfax a seulement déclaré (en russe) que certaines fenêtres du bâtiment étaient cassées, sans préciser combien.

Pourtant, la confusion a conduit à une panique de masse sur Twitter – hashtag “bioweapons.?

En réalité, Vector – l’une des principales installations de recherche dans son domaine – est un immense centre situé dans plusieurs bâtiments et comptant plus de 1 600 employés qui travaillent à de nombreux projets de recherche biologique impliquant beaucoup plus que de simples flacons de variole.

Les chances que l’explosion libère un fléau sur le monde semblent extrêmement faibles – sans parler du fait que si une fiole dangereuse s’ouvrait dans un feu, les microbes brûleraient.

Mais ce n’est pas comme si le danger du bioterrorisme était imaginaire. La variole apparaît toujours comme une maladie extrêmement contagieuse et dévastatrice dans les livres d’histoire, une réputation qui fait directement concurrence à sa réussite en tant que toute première maladie que nous avons éradiquée de la surface de notre planète.

Naturellement, la décision de conserver les stocks restants du virus Variola à des fins de recherche a été très controversée, tout comme l’est la recherche sur l’ADN qui étudie comment reconstituer ce virus.

En outre, la nouvelle d’une mystérieuse explosion sur un site d’essais d’armes russe le mois dernier est encore fraîche dans la mémoire de tous, et il y avait beaucoup de confusion au sujet des déclarations qui ont été faites à ce moment.

À cela s’ajoute la réputation historique de Vector en tant qu’institution de recherche sur les armes biologiques, secrète et alignée avec le gouvernement, créée en 1974 ; le fait qu’il abrite également Ebola, la grippe aviaire, l’anthrax et bien d’autres maladies ; et qu’une fois en 2004, un employé de Vector a succombé en se faisant accidentellement une injection d’Ebola.

Cependant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a permis aux scientifiques de Vector de conserver la variole seulement parce qu’ils ont en fait une installation de niveau de biosécurité 4 (c’est le plus haut niveau qui existe). La collaboration avec l’OMS implique apparemment un ensemble de règles et des inspections semestrielles.

Alors, même si cela peut sembler inquiétant, il est fort peu probable que cet événement ait été aussi désastreux que certaines personnes peuvent vous le faire croire. Peut-être qu’il y a eu une explosion de gaz relativement petite et un petit incendie localisé qui a été rapidement éteint, et que les matières biologiques dangereuses se trouvant dans cette installation de niveau supérieur n’étaient pas près du lieu de l’accident.

Ou peut-être qu’il y a une horde de zombies mutants aux formes déformées qui se trémoussent déjà dans la zone locale du centre de recherche.

Si l’explosion de gaz à Vector déclenche vraiment une pandémie de variole, je suppose qu’il faudra que j’imprime cet article et que je le mange, mais d’ici là, il sera probablement très loin sur la liste des priorités de quiconque.

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Source : ScienceAlert – Traduit par Anguille sous roche

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