Profond malaise chez les combattants du feu, inquiets pour «l’avenir de la sécurité en France»


Pressions opérationnelles, multiplication des agressions et des incivilités ciblant les pompiers, méconnaissance du sens de leurs missions : à l’heure où leur activité est en proie à un profond malaise, les soldats du feu tirent la sonnette d’alarme.

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Qui pour secourir les secours ? A l’instar de la grève des urgentistes qui a pris de l’ampleur pendant l’été, sept des neuf syndicats de pompiers professionnels entamaient de leur côté, à la fin du mois de juin, une grève symbolique de plusieurs semaines visant à attirer l’attention sur le profond malaise auquel la profession est en proie.

Si des problèmes d’effectifs et de rémunération ainsi qu’une récurrente surcharge de travail figurent parmi les principaux points soulevés par le mouvement social, les pompiers s’inquiètent également de la multiplication des agressions et des incivilités à leur encontre pendant leurs interventions.

out comme aux urgences hospitalières ainsi que dans les rangs de la police, les combattants du feu sont confrontés à une agressivité grandissante dans l’exercice de leur activité. «En trois jours, les pompiers de l’Essonne ont été victimes de quatre agressions […] Depuis le début de l’année, 56 plaintes ont été déposées par les soldats du feu», rapportait par exemple France Bleu Essonne le 16 septembre.

Le capitaine Eric Brocardi, représentant de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), et l’acteur français Francis Renaud, qui vient de devenir le parrain de l’association «Uniformes en danger» – deux interlocuteurs au cœur des événements –ont été interrogés par RT France pour faire le point sur la situation.

A l’occasion du 126e congrès national des sapeurs-pompiers qui se déroule du 18 au 21 septembre à Vannes, une rencontre est prévue entre Christophe Castaner et le président de la FNSPF Grégory Allione, qui entend sensibiliser le ministre de l’Intérieur sur les difficultés rencontrées par la profession.

Il s’agit de «faire perdurer et de moderniser le système de sécurité civile en France», confie le sapeur-pompier Eric Brocardi. Aussi et surtout, il mentionne la multiplication des agressions visant ses collègues qui, il le rappelle, «sont composés à 80% de volontaires». L’axe principal alors évoqué par le capitaine est celui de l’éducation.

«On a des moniteurs engagés pour éduquer les jeunes face au drapeau»

«Quand un jeune agresse et caillasse un pompier, il n’a a priori pas bien compris le sens de la mission», regrette-t-il, suggérant pour sa part de «continuer à développer des méthodes d’éducation pour sensibiliser au sens républicain des missions». Encourageant particulièrement l’approfondissement des programmes destinés à l’Education nationale, Eric Brocardi voudrait par exemple multiplier «les classes citoyennes», au cours desquelles les soldats du feu ont l’occasion d’informer les jeunes scolarisés sur le sens de leur métier. «On a des moniteurs engagés pour éduquer les jeunes face au drapeau, pour donner du sens aux missions des uns et des autres», souligne-t-il.

«On est sur un carrefour essentiel de l’avenir de la sécurité en France»

En outre, Eric Brocardi tient à mettre en avant l’existence de différents facteurs qui, selon lui, peuvent expliquer l’agressivité croissante à laquelle les pompiers sont confrontés. Ainsi, au-delà du manque d’éducation de la population sur la profession, il estime qu’«un mal-être social» est à l’origine de certaines agressions. «Quand vous avez quelqu’un au chômage, en pleine détresse, qui fait appel au secours et qui, en ouvrant la porte aux pompiers devient agressif sous l’effet de l’alcool par exemple, c’est une conséquence de son mal-être au quotidien […] La précarité, la solitude et le développement d’une société de consumérisme favorisent certaines agressions», déplore le capitaine Brocardi. Quant aux revendications portées par la profession, le sapeur-pompier préfère attendre l’issue de la rencontre entre le président de la FNSPF et le ministre de l’Intérieur. «On est sur un carrefour essentiel de l’avenir de la sécurité en France […] On espère que l’Etat puisse apporter des solutions, on a besoin d’un calendrier précis, on ne veut plus d’annonces, on veut des actes», insiste-t-il.

«On a été trop laxiste», «C’est important de craindre»

Le 17 septembre, l’acteur et réalisateur Francis Renaud est devenu le parrain de l’association «Uniformes en danger», dont l’objectif affiché est de soutenir «toutes les forces de l’ordre, tous les uniformes confondus». Contacté par RT France, le cinéaste explique être affligé par la situation actuelle. «Je ne comprends pas comment on en est arrivés là. On a sûrement été trop laxiste», estime-t-il. «A une époque, on respectait l’uniforme, on craignait, c’est important de craindre», explique Francis Renaud en évoquant des souvenirs d’enfance où l’ordre et l’uniforme lui semblaient, de façon générale, plus respectés.

«L’Etat fuit, c’est une pieuvre dont les tentacules n’adhèrent plus à certaines dégradations sociétales»

Selon lui, il ne faut pas politiser le problème, car «la solution c’est d’être ensemble», considère celui qui, dans le polar 36 quai des Orfèvres, incarne Titi le brasseur au côté de Gérard Depardieu. Il décide alors d’évoquer l’existence de «marches de la colère» jusqu’alors organisées pour soutenir les forces de l’ordre face aux problématiques de la profession. Favorable à la mise en place de telles actions pour soutenir les combattants du feu, il insiste sur le fait qu’il n’attend pas de solution miracle du gouvernement : «On doit abandonner nos idéaux par rapport à la politique […] L’Etat fuit, c’est une pieuvre dont les tentacules n’adhèrent plus à certaines dégradations sociétales.»

Pour l’heure, la récente multiplication des attaques visant les sapeurs-pompiers dans le département de l’Essonne a été à l’origine d’un élan de solidarité au sein de la profession, comme en témoignent des photos prises dans différentes casernes, sur lesquelles figurent des soldats du feu mobilisés «en soutien aux sapeurs-pompiers agressés».

Si le phénomène ne date pas d’hier, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) décrit toutefois une agressivité croissante ciblant la profession. «En 2017, 2 813 sapeurs-pompiers ont déclaré avoir été victimes d’une agression au cours d’une intervention. En 2016, ce nombre s’élevait à 2 280, ce qui représente une augmentation du nombre de déclarations d’agression de 23 % en un an», relevait par exemple une note du mois de décembre 2018, rédigée par l’organisme chargé de rendre compte des évolutions des phénomènes délinquants et criminels en France.

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Source : RT France par Fabien Rives

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