Un combattant revient du front contre ISIS et dit que l’Occident devrait rester vigilant

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«Je suis un philanthrope. Je ne peux pas juste regarder et laisser cela se produire», explique Jesper Söder, volontaire de la Suède.

Il restait deux semaines jusqu’aux vacances d’été à l’école secondaire où enseignait Jesper Söder quand il a décidé de partir.

Söder, âgé de 24 ans, s’était concocté un plan différent pour lui-même et ne voulait pas mettre ses élèves en danger. Il les a laissé le 19 mai et a commencé son voyage vers le nord de la Syrie.

Maintenant, temporairement de retour en Suède après avoir aidé les forces kurdes syriennes à lutter contre le groupe État islamique, Söder a dit qu’il a un message pour l’Occident après les horribles attaques de la semaine dernière à Paris : “Continuez le combat et affinez vos tactiques”.

“Vous ne pouvez pas laisser ce genre de choses se reproduire”, a déclaré Söder à HuffPost dans une interview via Skype jeudi soir, se référant à la brutalité qu’ISIS a infligé à ceux qui vivent sous son contrôle et maintenant sur l’Occident.

Söder a salué la milice kurde syrienne que Washington considère désormais comme un partenaire contre ISIS en Syrie. “En quatre ans [depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011], ils ont fait plus que tous les groupes qui combattent les extrémistes”, a-t-il dit.

La milice, connue sous le nom de YPG, a capturé des milliers de kilomètres de territoire et plusieurs villes d’ISIS depuis que les États-Unis ont commencé à soutenir avec la puissance aérienne l’automne dernier. La milice a récemment joué un rôle dans le succès des efforts pour pousser les extrémistes de la région près de Sinjar dans le nord ouest de l’Irak. Et une nouvelle coalition que la YPG a formé avec des combattants arabes sunnites sera – si les tensions ethniques arabo-kurdes peuvent être gérées par Washington – la force pour finalement reprendre la ville syrienne de Raqqa, capitale autoproclamée d’ISIS.

Lorsqu’on lui demande pourquoi il a décidé de prendre les armes et rejoindre les Kurdes, Söder a répondu : «Je suis un philanthrope. Je ne peux pas juste regarder et laisser cela se produire”.

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Une photo publiée par Jesper Söder (@jesper.soder) le

Söder a commencé à en apprendre davantage sur les forces kurdes et les atrocités commises par l’État islamique en janvier, quand l’attention du monde était tournée sur la résistance kurde dans Kobani. Il a commencé à planifier de voyager en Syrie et a passé cinq mois à économiser. Après avoir quitté son poste, il s’est dirigé à Souleimaniyeh, dans la région du Kurdistan irakien. De là, il a voyagé – comme bien des occidentaux avant lui – jusqu’à ce que les Kurdes syriens appellent Rojava (Kurdistan syrien), leur enclave en Syrie.

Söder retourna en Suède deux mois plus tard pour une opération après avoir été exposé à une mine. Pendant son temps à la maison, il a donné une interview au journal suédois Expressen . Il n’a pas aimé le tournage, a-t-il expliqué – il l’a fait parce qu’il sentait qu’il devait le faire.

Il est retourné au Kurdistan syrien peu après, et a commencé à travailler sur les efforts de secours et l’entrainement de nouveaux combattants, a-t-il dit. Interrogé sur les critiques de la YPG venant de groupes d’opposition arabes qui disent qu’elle ne se soucie que des préoccupations kurdes et des organisations des droits de l’homme qui traquent les crimes de guerre anti-arabes présumés par certains de ses combattants, Söder dit qu’il a vu la milice ouverte à toutes les collectivités de la Syrie qu’elle contrôle désormais, qui comprennent certaines des plus diverses religions et ethnies du pays.

“Tant que vous n’êtes pas Daesh, ils vous aiment”, a déclaré Söder, en utilisant un terme péjoratif pour l’État islamique.

La plupart des combattants étrangers qui ont voyagé pour soutenir les Kurdes syriens ont des impressions positives similaires, même si certains auraient été mécontents de l’idéologie gauchiste des Kurdes. L’un d’eux, le citoyen canadien John Gallagher, a été tué plus tôt ce mois-ci. Il doit recevoir un hommage traditionnel sur «l’Autoroute des héros» du Canada vendredi.

Söder a dit qu’il est impatient de retourner au front. Il prévoit d’être là-bas “pendant deux mois au maximum”. Son retour à la maison lui a permis d’accorder plus d’attention à la stratégie d’ISIS depuis Kobani, ou le moment où les États-Unis et un éventail de partenaires européens et arabes ont créé une coalition pour lutter contre le groupe l’année dernière. Et Söder n’est pas hors de portée. Il alimente son compte Instagram loyalement avec différentes photos et en Syrie, il a affiché une image du drapeau français étiqueté #prayforfrance le jour des attentats à Paris.

  #prayforfrance   Une photo publiée par Jesper Söder (@jesper.soder) le

Son conseil pour l’Occident ?

“Vous pouvez faire des attaques aériennes, vous pouvez faire plus d’armes, mais vous devez aussi tenir tête à la Turquie… et ceux finançant et supportant les terroristes”, a dit Söder.

Soder a fustigé le gouvernement de la Turquie et a suggéré que la plupart des combattants étrangers qui collaborent avec les Kurdes syriens sont la clé dans le combat d’ISIS qui aimerait voir la Turquie retirée de l’alliance de l’OTAN.

Beaucoup d’observateurs de la guerre civile syrienne ont blâmé la Turquie pour la montée des extrémistes parce qu’ils disent que ses politiques laxistes aux frontières ont aidé le flux de combattants étrangers pour ISIS et d’autres groupes radicaux en Syrie. La Turquie a été critiquée internationalement (et aux États-Unis) pour faire relativement peu de chose pour aider les Kurdes dans leur effort célébré partout, de la défense de plusieurs mois de la ville de Kobani. Elle a à plusieurs reprises attaqué la milice kurde syrienne (dont elle se méfie en raison de ses liens avec un mouvement kurde interdit en Turquie) de même que l’aviation américaine à partir d’une base turque pour aider l’offensive kurde contre ISIS. Söder a dit qu’il voit ces attaques comme des tentatives pour provoquer les YPG à répondre, et briser sa relation fragile avec les États-Unis.

Le commentaire de Söder sur le financement pointe du doigt des donateurs dans les États arabes du Golfe qui ont financé le groupe État islamique et d’autres éléments radicaux en Syrie, comme la filiale d’Al-Qaïda, pour des raisons idéologiques ou en raison de l’opposition au président syrien Bachar al-Assad. Cela implique également les républicains du Sénat, dont l’administration Obama pour les postes de haut niveau a laissé un poste vacant au bureau du Département du Trésor chargé de la lutte contre le financement du terrorisme.

L’avenir d’Assad est le point de friction principal dans les négociations en cours entre les puissances mondiales. L’espoir est que ces pourparlers mettront fin à la guerre civile, qui a commencé lorsque les forces d’Assad ont tiré sur des manifestants pacifiques et a depuis coûté environ 300 000 vies, permettant à ISIS de prospérer, et a envoyé des millions de syriens prendre la fuite vers l’Occident.

Les forces kurdes de Söder ont attiré les foudres de l’opposition arabe majoritairement sunnite parce qu’ils adoptent une approche essentiellement neutre envers Assad. Son retrait de Syrie à l’été 2012 lui a permis de se concentrer sur les combats avec les autres Arabes, c’est ce qui a donné aux Kurdes la chance de construire leur propre société. Désormais la seule présence d’Assad dans la région Kurde de Rojava est dans des points stratégiques dans les centres urbains, comme l’aéroport dans la capitale des Kurdes, Qamishli.  

“Nous ne sommes pas des alliés, nous ne sommes pas des ennemis, avec le régime”, a dit Söber. “Si Daesh attaquerait la ville de Qamishli, ils se battraient bien sûr ensemble pour la sauver”

#ypg #kobane Une photo publiée par Jesper Söder (@jesper.soder) le

Söder a dit qu’il voulait que les dirigeants européens soient plus vigilants sur le risque d’infiltration par ISIS parmi les réfugiés  qui se déversent dans leurs pays. Contrairement aux États-Unis, l’Europe n’examine pas de réfugiés jusqu’à ce qu’ils arrivent sur son sol.

Le combattant volontaire a dit croire que le prochain grand mouvement des Kurdes sur ISIS – sur la capitale – est inévitable. “C’est dès que possible”, a déclaré Söder.

Source : Huffington Post

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