L’alcool forme nos souvenirs différemment, et provoque ainsi une dépendance !


Les chercheurs de l’Université de Brown (États-Unis) ont découvert que l’alcool détourne une voie de conservation de la mémoire. Il modifie aussi la transcription des gènes qui provoquent ainsi des envies de boire à nouveau, pouvant ainsi aller jusqu’à la dépendance. Cette étude que relaye un communiqué de presse de l’Université de Brown est parue dans Neuron le 25 octobre 2018.

Qu’ont étudié les chercheurs ?

La lutte contre l’alcoolisme et autres toxicomanies fait généralement face aux risques de rechute. De manière générale, les mouches des fruits sont beaucoup étudiées pour la compréhension de l’alcoolisme, car celles-ci en sont aussi très friandes. Elles possèdent les mêmes signaux moléculaires que nous, avec des formations de souvenirs et des systèmes de récompense ou de rejet. De plus, elles possèdent 100 000 neurones, contre 100 milliards pour l’Homme. Ainsi, cette étude ne déroge pas à la règle.

Karla Kaun, professeure adjointe en neurosciences à l’Université Brown, a participé aux recherches. « L’une des choses que je veux comprendre, c’est pourquoi les drogues toxicomanogènes peuvent produire des souvenirs très gratifiants lorsqu’il s’agit en fait de neurotoxines. Toutes les drogues – alcool, opiacés, cocaïne, méthamphétamines – ont des effets secondaires indésirables. Ils rendent les gens nauséabonds ou donnent la gueule de bois, alors pourquoi les trouvons-nous si gratifiants ? Pourquoi nous souvenons-nous des bonnes choses qui les concernent et non des mauvaises ? Mon équipe essaie de comprendre au niveau moléculaire ce que les drogues font aux souvenirs et pourquoi elles provoquent des envies ».

Elle précise aussi que lorsque l’on sera en mesure de comprendre quelles molécules changent et agissent lorsque les envies de fumer ou de boire se forment, nous pourrons alors trouver comment aider les personnes à sortir de telles dépendances. En effet, peut-être que l’on pourrait simplement modifier la durée ou l’intensité de ces souvenirs qui procurent l’envie de recommencer.

Déroulement de l’étude

Pour cette étude, l’équipe de chercheurs a utilisé des outils génétiques qui leur ont permis de sélectionner et de désactiver des gènes clés. Ensuite, ils ont poussé les mouches à trouver de l’alcool, ce qui leur a permis de voir quelles étaient les protéines qui entraient en jeux dans le mécanisme de récompense.

Les résultats de l’expérience

Une des protéines identifiées comme responsables de la préférence des mouches pour l’alcool se nomme Notch. Elle est le premier chaînon d’une voie de signalisation jouant un rôle dans le développement de l’embryon, du cerveau et son fonctionnement, chez tous les animaux – y compris l’Homme. Ainsi, la signalisation moléculaire qui engage Notch entraîne d’autres signalisations en cascade. Dans cette dernière se trouve le récepteur de type dopamine-2, qui entraîne la fabrication d’une protéine sur les neurones, et qui reconnaît la dopamine, un neurotransmetteur du bienêtre et de la récompense. Ce même récepteur – avec le même fonctionnement – est aussi mis en jeu chez les fumeurs.

Emily Petruccelli, qui a dirigé cette étude, indique ceci : « On sait que le récepteur de type dopamine-2 est impliqué dans l’encodage de la mémoire, qu’elle soit plaisante ou aversive ». Ainsi, les résultats de l’expérience ont montré que l’alcool détourne cette voie de mémoire et de perception du souvenir, pour provoquer ensuite des envies de reprendre la consommation.

Dans le cas du mécanisme de récompense en présence d’alcool, la cascade de signalisation n’a pas activé ou désactivé le gène récepteur de la dopamine, ni augmenté ou diminué la quantité de protéines fabriquées. Toutefois, les chercheurs ont observé que la version des protéines changeait d’un seul acide aminé dans un domaine important de la protéine.

Les conclusions de l’expérience

Karla Kaun a précisé ne pas savoir « quelles sont les conséquences biologiques de ce petit changement, mais l’une des conclusions importantes de cette étude est que les scientifiques doivent examiner non seulement quels gènes sont activés et désactivés, mais aussi quelles formes de chaque gène sont activées et désactivées. Nous pensons que ces résultats se traduiront très probablement par d’autres formes de dépendance, mais personne n’a enquêté là-dessus ».

« Si cela fonctionne de la même manière chez l’Homme, un verre de vin suffit pour activer le mécanisme, mais tout revient à la normale en une heure. Après trois verres, et une pause d’une heure entre les deux, ce système ne revient pas à la normale après 24 heures. Nous pensons que cette persistance est probablement ce qui modifie l’expression des gènes dans les circuits de mémoire », ajoute la scientifique.

Source : SciencePost

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