D’abord, ils sont venus pour Assange…


« Jeter Assange en prison vise à décourager quiconque de suivre son inspiration pour publier sans compromis ce qui expose les crimes et mensonges des puissants. »

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L’arrestation le 11 avril 2019 de Julian Assange dans l’ambassade d’Équateur par la police métropolitaine de Londres est un coup de poignard pour une liberté de la presse déjà fort mal en point. Elle met aussi en lumière des rapports géopolitiques souterrains que WikiLeaks n’a eu de cesse d’exposer depuis sa création. Enfin, elle est le produit d’un travail de sape, au long cours, de l’image d’Assange, révélant la puissance d’un tourbillon médiatique dans lequel beaucoup se seront laissé emporter. Retour sur quelques éléments clé et remise de pendules à l’heure…

Lorsque 2.487 jours avant son arrestation, Julian Assange se réfugia à l’ambassade d’Équateur pour y demander l’asile politique, c’était au motif que les États-Unis voulaient sa peau. Le risque était grand ­- disait-il ­- que le fondateur de WikiLeaks se fasse extrader ­- via la Suède ­- aux États-Unis, où un “grand jury”, cour spéciale dont les agissements sont secrets, commençait une enquête pour “conspiration à fins d’espionnage”. Certains trouvaient là le fondement d’une haine éternelle, irréconciliable, vis à vis d’Assange, au motif qu’il aurait ainsi tenté d’échapper à un interrogatoire par les autorités judiciaires suédoises dans le cadre d’une enquête pour viol et agression sexuelle. En réalité, depuis son arrivée à l’ambassade il proposa aux autorités Suédoises de venir l’y interroger (l’interrogatoire à l’étranger ou via vidéo est la norme pour la Suède, y compris pour des crimes de sang). Comme l’a par la suite démontré la journaliste Stefania Maurizi en obtenant la publication de centaines de pages de leurs correspondances, les autorités suédoises en coordination avec les autorités britanniques ont durant des années repoussé cet interrogatoire. Il aura bien lieu en 2016, à la suite de quoi l’enquête sera fermée.

L’arrestation d’Assange ce jeudi 11 avril 2019 doit sonner comme un dur rappel à la réalité. La publication dans la foulée d’une inculpation et d’une demande d’extradition par les US confirme l’hypothèse de départ, entre-temps validée par le gouvernement de l’Équateur et l’ONU : Le risque pour Assange d’être extradé vers les États-Unis était depuis le début bien réel. Aujourd’hui poursuivi aux USA pour “conspiration de fraude informatique” avec Chelsea Manning, cette accusation d’apparence bénigne semble n’être que la pointe émergée de l’iceberg. Une accusation qui ne semble pas liée à la défense de la liberté d’expression ni même au journalisme pourrait démobiliser ses soutiens (après tout, 5 ans au maximum à passer en prison lorsqu’il vient d’en passer 7, de sa propre initiative enfermé à l’ambassade…). En réalité la menace est bien plus brutale : S’il mettait les pieds aux États-Unis dans le cas d’une extradition pour “fraude informatique” tout indique que d’autres chefs d’inculpation pourraient alors se greffer ­- dont la fameuse “conspiration pour espionnage” ­- et qu’Assange risque bel et bien de passer sa vie derrière les barreaux, voire pire…

Si Assange risque si gros c’est bien qu’il a, par la publication au fil des ans de documents historiques exposant les mensonges et les crimes des nations, suscité l’embarras au plus haut niveau, défiant les puissants, devenant ainsi l’homme-à-abattre pour les USA.

Au cours de ses 13 ans d’existence, WikiLeaks n’a eu de cesse de jeter en rafale des pavés dans la mare d’un journalisme d’investigation croupissant. En osant publier des documents confidentiels impénétrables, puis des caches entières de documents administratifs, militaires puis diplomatiques, WikiLeaks a démontré au monde entier les réalités d’une asymétrie informationnelle dont usent les États pour cacher leurs crimes. WikiLeaks nous a montré, sans filtre, la routine des États pour oppresser en silence, loin de toute attention à l’ombre d’acronymes et de règles administratives complexes. Le pari initial était que chacun, porteur ou non d’une carte de presse, pourrait participer à des entreprises visant à exposer et inquiéter les puissants, par l’analyse collective de documents confidentiels. Au fil des années, la stratégie de WikiLeaks a évolué, afin de maximiser l’impact de ses “releases”. Des partenariats sont noués avec les grands noms de la presse, forçant des alliances internationales, parfois entre mastodontes et micro-organismes, pour s’assurer que ces documents soient lus et propagés au travers du prisme de la presse grand public. Par son rôle précurseur dans le data-journalisme, WikiLeaks inspire des méthodes et des moyens pour une nouvelle ère d’investigation.

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