Les effets du LSD révèlent que notre propre réalité est également illusion

Une nouvelle étude, visant à expliquer pourquoi les gens sous l’influence du LSD peuvent perdre leur sens de soi, révèle que cette drogue psychédélique remplace notre illusion du réel par une autre.

Image d’entête : Cristaux de LSD sous microscope 40X. (Maurice Mikkers)

Cette recherche représente la première enquête détaillée sur la façon dont le diéthylamide de l’acide lysergique (LSD) modifie le fonctionnement du cerveau.

Selon le coauteur de l’étude, Enzo Tagliazucchi, de l’Académie royale néerlandaise des arts et des sciences (Amsterdam) :

Il y a la “réalité objective” et puis il y a notre “notre réalité”.

Les drogues psychédéliques peuvent déformer notre réalité et entraîner des illusions perceptives. Mais la réalité que nous vivons pendant l’éveil ordinaire est aussi, dans une large mesure, une illusion.

La façon dont notre sens de la vision fonctionne en fournit un exemple.

Nous savons que le cerveau complète l’information visuelle lorsque celle-ci manque, que les veines sur l’avant de la rétine sont filtrées et non perçues, et que le cerveau stabilise notre perception visuelle en dépit des mouvements oculaires constants. Alors, quand nous prenons des drogues psychédéliques, on pourrait dire que l’on remplace une illusion par une autre. Cela peut être difficile à saisir, mais notre étude montre que l’égo ou le “moi” pourrait aussi faire partie de cette illusion.

Les chercheurs de l’Imperial College London ont scanné le cerveau de 15 personnes en bonne santé, pour comparer ceux sous LSD par rapport à ceux ayant ingéré un placebo.

Ils ont découvert que cette drogue a augmenté le niveau de communication entre les aires du cerveau normalement distinctes, ce qui avait déjà été déterminé par les mêmes chercheurs en 2014, alors qu’ils tentaient de trouver l’origine de la conscience dans l’activité de cerveau sous l’influence de champignons hallucinogènes. Plus drogués était les cobayes, plus ils ont rapporté une dissolution du sens de l’égo.

Les chercheurs lient ce sentiment à l’accroissement de la connectivité globale dans le cortex fronto-pariétal de l’individu, une région du cerveau associée à la conscience de soi. En particulier, la connexion entre cette partie du cerveau et des aires sensorielles qui sont en charge de recevoir des informations sur le monde qui nous entoure et de les transmettre vers d’autres zones du cerveau pour un traitement ultérieur.

Image tirée de l’étude : différence entre la communication du cortex visuel primaire sous placébo (à gauche) et le LSD (à droite). (R.Carhart-Harris/ Imperial College London)

Image tirée de l’étude : différence entre la communication du cortex visuel primaire sous placébo (à gauche) et le LSD (à droite). (R.Carhart-Harris/ Imperial College London)

Toujours selon Tagliazucchi :

Cela pourrait signifier que le LSD induit un partage plus fort de l’information entre les régions, renforçant le lien entre notre sens de soi et de l’environnement et de potentiellement diluer les limites de notre individualité.

Ils ont également observé des changements dans le fonctionnement d’une partie du cerveau auparavant liée à des expériences de hors-corps, lorsque des personnes ont l’impression de quitter leur corps. D’autres drogues, telles que la kétamine et le PCP, peuvent aussi créer de telles sensations chez leurs utilisateurs.

Ces drogues peuvent être très addictives, avec de clairs dangers associés. Tagliazucchi pense que les drogues psychédéliques ont une valeur scientifique lorsqu’elles sont administrées dans des milieux de recherche contrôlés. Cependant, il n’a pas encore été déterminé si l’usage fréquent de drogues, comme le LSD, peut directement causer des lésions cérébrales, entraînant des troubles mentaux comme la schizophrénie, ou si les drogues intensifient ou révèles des symptômes chez ceux qui sont déjà atteints d’une ou de plusieurs maladies mentales.

Les chercheurs ont l’intention d’utiliser la neuro-imagerie pour explorer divers états de conscience, y compris lors du sommeil, d’une anesthésie, et d’un coma. Ils espèrent faire des comparaisons directes entre des personnes rêvant par rapport à celles se trouvant dans un état psychédélique.

Les chercheurs de l’Imperial College London étudient également d’autres drogues psychédéliques et leur utilisation potentielle dans le traitement de troubles mentaux, comme la dépression et l’anxiété.

L’étude publiée dans la revue Current Biology : Neural correlates of the LSD experience revealed by multimodal neuroimaging.

Source : GuruMeditation

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