Le dilemme macabre des voitures autonomes

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Tuer un piéton ou sacrifier les passagers ? Des psychologues ont testé les choix moraux des futurs utilisateurs des automobiles sans pilote.

Au volant d’une voiture, devant vous, dix piétons traversent soudainement. Donnez-vous un coup de volant pour les éviter, quitte à vous fracasser contre un mur et à mourir, ou les percutez-vous pour épargner votre vie ? Ce dilemme cruel n’est pas simple à régler, même si de nombreuses études en psychologie ont montré depuis longtemps que les répondants privilégient l’hypothèse de leur sacrifice pour sauver plus de vies.

« Cela peut sembler un scénario abstrait et artificiel, mais nous avons réalisé que ces expériences de pensée philosophique pourraient devenir concrètes, car elles correspondent à des décisions qu’auront à prendre les véhicules autonomes », estime Azim Shariff (université de l’Oregon), un psychologue qui, avec deux collègues, a remis au goût du jour, dans la revue Science, cette question connue depuis 1967 sous le nom du dilemme du chauffeur de trolley.

Depuis 2012 et les premiers tours de roue de la voiture autonome de Google, tous les constructeurs automobiles s’y sont mis. Mais quel algorithme de pilotage faut-il privilégier pour guider ces voitures ? Celui choisissant le moindre mal ou celui préservant la vie de ses passagers ? Et, surtout, qu’en pense le propriétaire-passager ? Trois chercheurs du MIT (Institut de technologie du Massachusetts), de l’université de l’Oregon et de l’Ecole d’économie de Toulouse ont désormais quelques réponses.

Classique des dilemmes sociaux

Ils ont procédé non par sondage, mais à l’aide d’expériences psychologiques en ligne consistant à donner son opinion devant des situations variées sur le nombre de piétons ou les liens familiaux ou amicaux avec le passager. Six tests ont été menés pendant six mois en 2015 auprès de 1 928 personnes recrutées grâce à la plate-forme Mechanical Turk d’Amazon.

Sans surprise, les participants répondent conformément à la littérature scientifique : pour sauver dix piétons, ils sont 75 % à dire qu’il est plus moral que le véhicule sacrifie le passager. Cette proportion ne varie quasiment plus au-delà de dix personnes, mais elle est plus faible dans le cas où les piétons sont moins nombreux.

En revanche, cette position morale fléchit lorsque les tests mettent le participant en position d’être dans la voiture, voire avec des membres de sa famille. Les cobayes pouvaient mettre une note de 0 à 100 pour jauger telle ou telle proposition. La note est en moyenne de 70 pour le choix consistant à privilégier la voiture minimisant les pertes, quand le cobaye est le seul passager. Elle tombe à 60 lorsqu’il est accompagné de membres de sa famille.

Elle chute encore à près de 40 dès lors qu’il s’agit d’indiquer sa propension à acheter une telle voiture. Les participants ont en fait tendance à préférer une voiture qui les protège, plutôt qu’un véhicule qui soit prêt à les sacrifier.

« C’est un classique des dilemmes sociaux, où l’intérêt égoïste peut passer avant l’intérêt collectif », observe Jean-François Bonnefon, l’un des coauteurs, chercheur à l’Ecole d’économie de Toulouse. Le paiement des impôts est un autre célèbre de ces dilemmes. « Mais la nouveauté est que pour la première fois ce choix se pose face à des objets programmés pour nous tuer, c’est-à-dire prêts à sacrifier le propriétaire », ajoute-t-il.

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