La consommation d’énergie dans les centres de données deviendra “insoutenable”, prédit un chercheur


Mais les entreprises technologiques recherchent des solutions durables à ce problème.

Les centres de données utilisent d’énormes quantités d’énergie pour assurer la révolution des données en alimentant la diffusion en continu et les médias sociaux via les nuages. Mais regarder vos émissions de télévision préférées, installer de nouvelles applications pour téléphones intelligents ou partager vos photos de famille sur les médias sociaux pourrait devenir problématique dans le futur, a soutenu Thomas Daigle, journaliste principal en technologie de la CBC News dans son article publié le jeudi. En effet, des quantités énormes de données que nous utilisons – bien qu’invisibles – ont un coût important pour l’environnement. Certains experts affirment qu’il rivalise avec celui de l’industrie aérienne, a rapporté Daigle.

Et comme de plus en plus d’appareils intelligents dépendent des données pour fonctionner – l’exemple des réfrigérateurs connectés à Internet ou des voitures autonomes –, leur demande en électricité ne peut que croître au fil du temps. Jane Kearns, experte en environnement et en technologie chez MaRS Discovery District, un centre d’innovation de Toronto a déclaré : « Nous utilisons une immense quantité d’énergie pour alimenter cette révolution des données ». « Cela a de réelles implications pour notre climat », a-t-elle ajouté.

Ce ne sont pas les gadgets qui reçoivent le flux de vidéo en continu ou qui installent des applications qui consomment tant de puissance, mais les serveurs distants qui agissent comme leurs cerveaux électroniques. Bien qu’ils soient souvent décrits comme le “nuage”, les serveurs existent dans des centres de données du monde réel.

En effet, les centres de données, souvent plus grands qu’un terrain de football, abritent des piles infinies de serveurs traitant plusieurs téraoctets de trafic numérique. Tout comme les ordinateurs portables ont tendance à se réchauffer lors d’une utilisation intensive et prolongée, les serveurs doivent être refroidis pour éviter la surchauffe. Et le refroidissement de tant de machines nécessite beaucoup d’énergie.

Un besoin croissant de puissance pour faire tourner les serveurs des centres de données

Anders Andrae, un chercheur de Huawei Technologies en Suède dont les estimations sont souvent citées, selon Daigle, a déclaré dans un courriel à CBC News qu’il s’attend à ce que les centres de données du monde entier consomment à eux seuls jusqu’à 651 térawattheures d’électricité au cours de la prochaine année. C’est presque autant d’électricité que ce que produit l’ensemble du secteur énergétique canadien. Pire encore, les calculs d’Andrae, publiés dans l’International Journal of Green Technology, indiquent que les centres de données pourraient plus que doubler leur demande d’électricité au cours de la prochaine décennie, avec 11 % de l’énergie mondiale pour seulement l’informatique d’ici 2030, dont une proportion importante pour les services dans en nuage.

« Cela deviendra complètement insoutenable d’ici 2040 », a écrit Andrae dans son courriel.

Ce besoin croissant de puissance des centres de données s’explique par la demande accrue de données. En effet, selon Sandvine, une société basée à Waterloo en Ontario, le streaming de vidéos est actuellement le plus grand consommateur de puissance, avec des plateformes comme Netflix et Amazon Prime Video qui occupent 60,6 % de tout le trafic Internet. Et l’utilisation de la vidéo en continu ne fera que croître.

Les réseaux cellulaires 5G à plus haute vitesse en cours de déploiement, l’intelligence artificielle plus répandue et l’Internet des objets naissant, comme les appareils de maison intelligente et les véhicules autonomes, contribuent de façon significative à cette demande croissante de données, et contribueront davantage dans le futur. Cependant, selon Daigle, les entreprises technologiques du Canada et de l’étranger sont en train de trouver des solutions novatrices pour freiner ce problème croissant.

Des solutions plus vertes pour juguler cette consommation croissante d’énergie et protéger le climat

Les géants de la technologie, à l’origine des centres de données, s’engagent à faire le ménage, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des technologies de l’information et des communications estimées à 2 à 3 % des émissions mondiales. Amazon Web Services – la division des centres de données de l’entreprise et leader dans le domaine –, a dit avoir dépassé les 50 % d’utilisation d’énergie renouvelable en 2018 et s’est engagée à “long terme” à utiliser exclusivement des sources d’énergie propres, comme l’énergie éolienne. Apple a également annoncé en avril 2018 que ses bureaux, ses centres de données, ainsi que ses sites en colocation dans 43 pays, sont alimentés à 100 % par de l’énergie propre. Cependant, les employés de certaines de ces entreprises estiment que ces efforts sont insuffisants.

En dehors de l’utilisation de l’énergie renouvelable pour refroidir les serveurs des centres de données, des acteurs du secteur ont recours à d’autres solutions écologiques. Digital Realty, une société californienne qui exploite des centres de données dans le monde entier, dont un centre d’une superficie de 675 000 pieds carrés (environ 62710 mètres carrés) dans la région de Toronto, utilise des systèmes à air frais pour refroidir ses machines pendant une grande partie de l’année, a rapporté CBC News. Des roues d’échange thermique installées sur le toit du bâtiment prennent l’air extérieur et le poussent vers le bas, pour refroidir l’air plus chaud dans les salles de serveurs.

Selon Marc Musgrove, un porte-parole de Digital Realty, c’est en partie la raison pour laquelle la société s’est installée au Canada. Les considérations environnementales « fonctionnent bien dans ce genre de climat », a-t-il déclaré. Cette solution pourrait contribuer à réduire la consommation de l’électricité actuelle des centres de données estimée à environ 1 % de toute l’électricité utilisée au Canada, selon le ministère des Ressources naturelles.

D’autres solutions énergétiques locales sont en préparation, selon Kearns, vice-présidente de MaRS à Toronto. Elle a mentionné Smarter Alloys de Waterloo, en Ontario, qui met au point une technologie qui récupère le type de chaleur à faible niveau émise par les grandes installations de serveurs, une source possible d’énergie renouvelable. Ibraheem Khan, PDG de la société a déclaré en 2018, lorsque Smarter Alloys a été nommé finaliste pour un prix ontarien de l’énergie propre, que le processus « a le potentiel d’avoir un impact positif réel sur la réduction des émissions de carbone grâce à une solution rentable », a rapporté CBC news.

Hamid Arabzadeh, président et PDG de Ranovus

Une autre société innovante Ranovus aborde la situation d’une autre façon, en se focalisant sur l’expansion de la capacité de transmission de l’information dans les centres de données afin de réduire la demande d’énergie. La société consacre plus de 40 employés à mettre au point des solutions innovantes, notamment ce que Ranovus appelle le “quantum dot multi-wavelength laser”, qui s’appuie sur une technologie microscopique pour multiplier la vitesse et la capacité des transferts de données.

Cette approche pourrait réduire de 80 % la quantité d’énergie requise pour les transferts de données en masse, ce qui réduirait considérablement les coûts, a rapporté Daigle. « Nous faisons face à un tsunami de données », a déclaré le PDG de Ranovus, Hamid Arabzadeh, dans une entrevue avec CBC News. Arabzadeh a également indiqué que les clients de l’entreprise, qui se trouvent principalement sur la côte ouest des États-Unis, prévoient d’avoir « un accès ininterrompu à des données illimitées et sans latence ». Selon Arabzadeh, comme la demande de bande passante – et la pression sur les centres de données – augmente, les utilisateurs ne devraient pas voir la qualité de leur expérience diminuer.

Certes, les centres de données consomment beaucoup de puissance, comme l’a indiqué l’article, toutefois, selon un commentateur du sujet, ils réduisent probablement les émissions de CO2. Selon lui, il achète sur Amazon au lieu de conduire jusqu’au centre commercial. Il travaille parfois “dans le nuage” depuis la maison au lieu de conduire jusqu’au bureau. Il regarde Netflix au lieu de se rendre au cinéma en voiture. Il peut faire une visite immersive en 3D dans des endroits au lieu de s’y rendre. Et vous, que pensez-vous de l’impact de la demande accrue de données sur l’environnement ?

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Sources : Developpez par Stan AdkensCBC News

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